Appel à communication

 

Contrapunteo

CASCA-CUBA

Colloque annuel de la Société canadienne d’anthropologie

16-20 mai 2018

Universidad de Oriente, Santiago de Cuba, Cuba

Appel de communications

En puisant dans la nature polyphonique du terme contrapunteo, contrepoint ou superposition de deux ou de plusieurs mélodies indépendantes qui s’entrecroisent et forment une riche texture harmonique, nous invitons les participants à se pencher sur les configurations et implications plurielles de l’anthropologie. Il existe différentes sortes de contrepoints, mais toutes expriment une forme d’interdépendance polyphonique en matière de rythme et de mélodie au sein d’une pièce musicale. Les lignes mélodiques qui s’enchevêtrent sont indépendantes les unes des autres, mais leur agencement donne naissance à de nouveaux composites qui ne cessent d’émerger et de se transformer. Une « anthropologie contrapuntique » (Ong 1996:84) encourage la multiplicité des voix, la déconstruction postcoloniale des savoirs et la polyphonie de la vie sociale et culturelle. Les contrepoints ouvrent la voie à l’exploration des assemblages, des relationalités et des enchevêtrements (Ingold 2011). L’imbrication des éléments du contrepoint n’est pas toujours harmonieuse : au sens antagoniste, le contrepoint suggère un élément placé en opposition à un autre. Contrapunteo offre de nouveaux moyens pour entendre les voix de la contestation, pour reconnaître les marques laissées par le colonialisme et pour percevoir ce qui est articulé en guise de réponse, ce retour de luttes de résistance et de guérison. « Réfléchir de façon contrapuntique » (p. ex. Howes 1996; Catauro depuis 1999) peut retenir des voix en tension ou en conflit et générer des refrains de type « appel et réponse ». CASCA-CUBA propose de s’interroger sur la façon dont le contrapunteo peut offrir de nouvelles avenues pour comprendre les relations, les savoirs, l’histoire et le pouvoir. La discipline de l’anthropologie a-t-elle alimenté des contrepoints particuliers et, le cas échéant, quelles en sont les trajectoires?

À Cuba, le terme contrapunteo a une résonance particulière. Il s’agit d’une métaphore clé utilisée par l’ethnographe Fernando Ortiz (1881-1969) dans Contrapunteo cubano, publié en 1940, afin d’explorer de quelle façon l’identité cubaine – cubanidad – émergeait de la transculturación entre deux produits cultivés associés à l’histoire coloniale de Cuba, le tabac et le sucre. L’affiche du colloque, créée par l’artiste cubain Lawrence Zuñiga, est inspirée par l’ajiaco (ragoût fait de restants), autre métaphore d’Ortiz employée cette fois pour désigner la richesse de la culture cubaine composée de différents ingrédients qui s’amalgament et créent de nouvelles saveurs, de nouvelles expériences. Pour les Cubains, contrapunteo signifie souvent une « dispute, un dicton juteux et piquant, un proverbe ou une conversation entre deux ou plusieurs personnes » (Pichardo 1875), alors que le verbe contrapuntear renvoie au fait d’échanger et de converser. La notion de contrepoint, empruntée au domaine musical et appliquée métaphoriquement à la culture cubaine par Ortiz, est l’une des idées que nous proposons d’explorer pendant CASCA-CUBA.

En extrapolant à partir des travaux et de la carrière d’Ortiz, nous prenons position au sujet de la présence tout comme de l’absence, voire du silence, de voix, de langages et de façons de faire (p. ex. Barnet 1968). Nous affirmons l’importance d’adopter une approche critique concernant les influences historiques, coloniales et postcoloniales, et nous reconnaissons l’émergence d’ontologies contrastées. Ortiz, homme blanc de descendance espagnole né à Cuba et ayant étudié en Europe, embrasse d’abord le déterminisme biologique. Ses premiers travaux représentent le racisme omniprésent de cette période et contribuent à l’objectivation des pratiques afrocubaines. Au milieu de sa carrière, Ortiz commence à adopter une approche humaniste et activiste radicale, qui mènera à une impressionnante transformation de sa pensée, observable entre autres dans Contrapunteo cubano. Il parraine le premier colloque ethnographique sur la musique de la santería (1936) et fonde la Sociedad de Estudios Afrocubanos (Société d’études afrocubaines) ainsi que la revue de cette organisation. Au-delà d’un simple observateur, Ortiz devient membre d’au moins un groupe religieux afrocubain (Palmié 2013:88). Bien que son œuvre soit difficile à situer, Ortiz est sans aucun doute considéré comme l’un des fondateurs de l’anthropologie socioculturelle moderne en Amérique latine. Ses travaux sur la transculturacíon et le mestizaje ont inspiré un public hors Cuba, comme le suggère sa correspondance avec Malinowski et son importante contribution aux études postcoloniales (p. ex. Saïd 1993). Nous encourageons un cadrage anthropologique de nos rencontres enchevêtrées, où nous articulons nos multiples êtres – une identité individuelle polyphonique – de façon simultanée et à partir de nos différents points de vue.

Les communications de CASCA-CUBA peuvent aborder l’un ou l’autre des thèmes suivants :

  • Assemblage et autres modèles de composition : Comment les éléments s’enlacent et s’enchevêtrent-ils? Quelle compréhension pouvons-nous avoir des connexions, des attaches et, par extension, des ruptures et des dissonances?
  • Relation : Comment pouvons-nous nouer des relationalités et quels en sont les différents types?
  • Voix : Comment les voix sont-elles projetées, rassemblées, marginalisées ou intégrées? Quels défis représente la considération des voix en polyphonie? Comment sont entendues les autres voix? Quelles voix sont réduites au silence?
  • Frontières : Comment s’impliquer politiquement et créativement à l’intérieur de frontières et au-delà de celles-ci? Comment explorer de nouveaux horizons méthodologiques et théoriques? Comment élargir ou transcender les limites de notre travail?
  • Corps : Comment les corps sont-ils exprimés et performés? Avec quelles matières ou entités intangibles conversent-ils ou se heurtent-ils? Quelles traces ou manifestations affectives naissent, demeurent ou se dissipent lors de rencontres contrapuntiques?
  • Épistémologie : Quelles continuités et mutations épistémologiques observons-nous lors de pratiques anthropologiques et ethnographiques? Quels défis sont rattachés à la conduite de travaux de recherche de nos jours? Comment déterminer ce que nous savons ici et en ce moment?
  • Partage et échange : Comment définir l’espace de rencontre entre les participants? Comment nos travaux sont-ils partagés et diffusés? Si notre travail est un don, comment le reçoit-on et y répond-on?

Nous serons ravis de participer aux échanges que suscitera ce colloque, particulièrement avec nos collègues cubains qui nous recevront à l’Universidad de Oriente, à l’occasion de son 70e anniversaire.

Références

Barnet, Miguel. 1968. Biografía de un Cimarrón. Barcelona: Ediciones Ariel.

Catauro: Revista Cubana de Antropología. La Habana: Fundación Fernando Ortiz. http://www.fundacionfernandoortiz.org/index.php?option=com_content&view=article&id=71&Itemid=135

Howes, David. 1996. « La constitution de Glenn Gould : Le contrepoint et l’État canadien » dans Le droit soluble : Contributions québécoises à l’étude de l’internormativité, dirigé par Jean‑Guy Belley, Paris, Librairie générale de Droit et de Jurisprudence.

Ingold, Tim. 2011. Being Alive: Essays on Movement, Knowledge and Description, New York, Routledge.

Ong, Aihwa. 1996. « Anthropology, China and Modernities: The Geopolitics of Cultural Knowledge » dans The Future of Anthropological Knowledge, dirigé par Henrietta L. Moore, New York, Routledge, p. 60-92.

Palmié, Stephan. 2013. The Cooking of History: How Not to Study Afro-Cuban Religion, Chicago, The University of Chicago Press.

Pichardo, Estéban. 1875. Diccionario Provincial casi-razonado de vozes cubanas, Habana, Imprenta La Antilla.

Saïd, Edward. 1993. Culture and Imperialism, New York, Knopf.

 

Soumission de propositions

 

CASCA-CUBA vous invite à soumettre différents types de communications et encourage fortement la tenue de panels et de symposiums réunissant des participants de Cuba et d’ailleurs, aux bagages variés, universitaires ou non.

 

Les organisateurs de panels, de symposiums ou de tables rondes sont invités à annoncer leur activité et à solliciter des auteurs sur la liste de diffusion de la CASCA et par l’entremise de la section du site de la CASCA concernant les petites annonces au sujet du colloque. Pour ce faire, écrire à cascanews@cas-sca.ca.

 

Section du site sur les petites annonces concernant le colloque : À venir.

 

Les participants ne peuvent présenter qu’une seule communication au colloque CASCA-CUBA. Cependant, ils peuvent exercer autant des rôles suivants qu’ils le veulent : commentateur, modérateur ou organisateur d’un symposium ou d’un panel, modérateur, organisateur ou participant d’une table ronde. Note : Pour s’inscrire, le commentateur peut le faire sous la catégorie « communication dans le cadre d’un panel », et préciser qu’il agira à titre de commentateur.

Panels de 90 minutes

Les panels seront composés de 4 à 5 communications suivies d’une discussion. Prière de prévoir tout au plus 4 communications si un commentateur est formellement invité. Les organiseurs de panels doivent fournir un résumé de 100 à 150 mots décrivant le thème du panel proposé et y inclure une liste des panélistes (y compris, le modérateur et tout commentateur invité).

Communications de 15 minutes

Les propositions de communication qui auront été retenues par le comité responsable de la programmation du colloque 2018 seront organisées en séances thématiques. Les propositions doivent comprendre le titre de la communication, un résumé (100-150 mots), les mots-clés et les coauteurs (s’il y a lieu). Pour toute communication s’insérant dans le cadre d’un panel ou d’un symposium déjà organisé, le titre du panel et le nom de son organisateur devront également être fournis.

Symposium

Un symposium sera composé d’au moins 2 panels de 90 minutes, qui auront lieu l’un après l’autre au même endroit (selon les disponibilités). L’organisateur du symposium doit fournir un résumé de 100 à 150 mots décrivant le thème du symposium proposé, ainsi que la liste des panélistes (y compris le modérateur et le ou les commentateurs). Ne pas oublier qu’un panel ne peut contenir plus de 4 communications si un commentateur y est formellement invité.

Tables rondes

Les tables rondes dureront 90 minutes et aborderont une question ou un thème précis soumis par l’organisateur de la table ronde. Ce dernier devra inclure un résumé de 100 à 150 mots décrivant le thème de la table ronde et y inclure les noms de 3 participants confirmés (minimum) et du modérateur. Les participants aux tables rondes doivent soumettre un court résumé ou le sujet dont ils parleront (100 mots maximum) en plus de procéder au processus d’inscription normal, en remplissant les champs requis du formulaire de participation à une table ronde.

Déjeuner des directeurs de départements

Durant la conférence, la CASCA organisera un déjeuner pour les directeurs de département offrant une excellente opportunité pour discuter du future de l’anthropologie au Canada, des défis auxquels ils font face, des stratégies pour les surpasser, ainsi que pour souligner les succès. Tous les directeurs de départements canadiens, ou leur délégué, sont les bienvenus. Il sera possible de s’inscrire en cochant une case dans le formulaire d’inscription au colloque.

Étudiants de cycles supérieurs

Les étudiants de 2e ou de 3e cycles venant de mener des travaux sur le terrain et en possession de données de recherche originales sont invités à soumettre une proposition au colloque. Les travaux analytiques poussés et approfondis de doctorants sont également les bienvenus. Noter que les propositions de communication ne peuvent porter sur des travaux ou projets de cours. Le colloque n’acceptera pas de panels constitués seulement d’étudiants.

Langues

Les communications peuvent être présentées dans l’une des trois langues officielles de l’événement CASCA-CUBA : anglais, français, espagnol. Nous encourageons la tenue de panels regroupant des participants de milieux linguistiques variés. Noter toutefois que des services d’interprétation simultanée ne pourront être offerts pour tous les panels.

Communications par affiche d’étudiants

Nous encourageons les étudiants au baccalauréat spécialisé et à la maîtrise à présenter un résumé de leur projet de recherche et de leurs découvertes sous la forme d’une affiche. Les résumés de ce type de communications ne doivent pas excéder 100 mots. Pour de plus amples renseignements, écrire à casca_cuba@yahoo.com.

Subvention de voyage

La CASCA octroie un nombre limité de subventions de voyage afin de permettre à des étudiants canadiens de se rendre au colloque annuel. Cette aide financière est destinée à des étudiants au doctorat inscrits dans un département d’anthropologie du Canada. Étant donné les circonstances spéciales de cette année, la CASCA s’engage à contribuer davantage au fonds de subvention de voyage pour étudiants. Nous vous encourageons à appuyer ce fonds en faisant une donation. Toutes donations pour ce fonds iront entièrement à la subvention de voyage pour étudiants. Pour les participants cubains, vivant à Cuba, des subventions de voyage permettant la participation au colloque seront octroyées par invitation.

DATES IMPORTANTES

Date limite pour les propositions de panels, de communications, de tables rondes et de symposiums : 17 novembre 2017

Date limite pour les propositions de communications par affiche (étudiants de 1er et de 2e cycles) : 1er février 2018

Envoi des avis d’acceptation des propositions : fin janvier 2018.

Inscription des participants non cubains (y compris l’inscription de Cubains résidant en dehors de Cuba) : suivre le lien de la page d’inscription.

Inscription des participants cubains (vivant à Cuba) : faire parvenir le résumé de votre proposition à l’adresse NAUTA suivante – cascacuba@uo.edu.cu.

Pour de plus amples renseignements, veuillez écrire à casca_cuba@yahoo.com.

Visitez notre site Web : cascacuba.com

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